Père Léon Burdin, aumônier de l'Institut Gustave Roussy (Villejuif), auteur de Parler la mort (Desclée de Brouwer).
Les enfants condamnés à mourir nous révèlent souvent des vérités oubliées. Au seuil de leur mort, alors que la maladie les dévore, les déforme jusqu'à la cécité, certains devenus méconnaissables... je les ai vu, je les ai entendu prononcer ces mots qui délivrent. Car l'enfant a l'intuition de l'ultime apprentissage : celui qui prélude à l'accomplissement de sa vie. Durant mes 17 années d'aumônier auprès des cancéreux, je n'ai pas acquis de savoir magistral, j'ai bien plutôt éprouvé cette vérité essentielle : chaque être humain possède en lui des ressources pour consentir à sa mort et la vivre pleinement. Je me souviens de Sébastien. Ce sacré Sébastien !... Il soupçonne son chirurgien de lui mentir sur le nombre de jours qu'il lui reste à vivre. Il veut savoir. Il l'interroge. Ce qu'il pressent lui est confirmé : sa fin est proche. Un jour que je lui portais la communion : "Père, pouvez-vous communier ma mère ?" Je cherche à comprendre. Divorcée, sa mère ne peut épouser religieusement son compagnon. Elle aime pourtant cet homme qui l'a accepté, lui Sébastien. Enfant hors mariage, il a compris la culpabilité de sa mère. Les reproches de la grand-mère pleuvaient souvent sur elle et le blessaient, lui le fruit du péché et du malheur. Aujourd'hui, il espère qu'en communiant, sa mère arrachera le pardon de Dieu. S'il pouvait la réconcilier avec elle-même, ce serait son paradis... Il est parti en paix. Je me souviens aussi d'Anne-Marie, la maman de Véronique, 7 ans, tombée brutalement sous le coup d'une encéphalite. Trois semaines de coma. La révolte. Petit à petit poindra en elle cette certitude : sa fille lui serait étrangère et elle-même ne pourrait plus se dire sa mère, si elle la laissait partir en étant dans cet état de révolte. Que quelque chose se dénoue en elle, qu'un "oui" accompagne sa fille, il le lui fallait. Alors seulement, elle serait sa mère. Il devenait clair pour elle, que cela signifiait donner la vie. L'enfant mourut le lendemain. Témoignage d'Anne-Marie : "Paradoxalement, vivant cela, c'est Véronique qui a été ma mère, elle m'a fait grandir, elle m'a mise debout. Elle m'a fait traverser, il me semble, ce Passage". Accompagner l'autre c'est, au-delà de son malheur, le rejoindre en ses projets de grandeur.

SOMMAIRE du n°6

 Dossier :

Les enfants et la mort

 

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